Interview

Amani Michel : « Merci au président Jacques Anouma pour la confiance »

Après 5 saisons avec les Académiciens et au terme d’une saison 2025-2026, au cours de laquelle il aura empilé but sur but, l’ailier droit de charme a signé avec le club rwandais de l’Apr (Armée patriotique rwandaise). Avant de rejoindre son nouveau club, il a accepté de faire le bilan et de dévoiler son ambition avec les Rwandais.

Comment se passent les vacances d’Amani Michel, après la saison harassante, à l’issue de laquelle il a aidé l’AFAD à retrouver l’Afrique ?

Mes vacances se passent bien, c’est plutôt tranquille. C’est vrai que la saison a été longue avec une participation en coupe africaine, le championnat national et la Coupe Nationale. Il y a donc eu pas mal de matchs et nous avions dû enchainer. Nous profitons donc de ces vacances pour pouvoir récupérer de tous ces efforts, mais aussi préparer la nouvelle saison.

Une nouvelle saison pour toi qui devrait s’écrire du côté du Rwanda, où tu viens de signer avec l’Apr (Armée patriotique rwandaise). Quel sentiment t’anime après cette signature ?

C’est naturellement un sentiment de fierté qui m’anime. Surtout que cette signature vient couronner une très belle saison ainsi que tous les efforts que l’on a consentis avec l’ensemble de mes coéquipiers. Même si c’est une récompense individuelle, il ne faut pas oublier qu’il y a un travail qui a été fait en amont. De la part des dirigeants, du staff technique et des joueurs. C’est de cela que je profite aujourd’hui. Je suis donc bien content d’un tel aboutissement.

Après de telles performances individuelles, on s’attend toujours à un départ ?

Evidemment que oui. Et il y a eu pas mal de propositions. Même la saison d’avant. Mais je me suis toujours dit qu’il faut que je sorte par la grande porte et avec la tête haute. Je m’étais donc fixé des objectifs cette saison. Je me suis dit que si j’arrivais à entrer dans le canevas que ne m’était donné, c’est quasiment sûr que j’aurai un bon point de chute à la fin de la saison. C’est exactement ce qu’il s’est passé. C’est vrai que c’est toujours avec un pincement au cœur que l’on quitte ses coéquipiers ainsi que sa maison, là où on a passé cinq années de suite. Mais cela fait partie de vie d’un footballeur, et on est plus ou moins mentalement préparé à ça. Heureusement que cela n’enlève rien aux émotions qui peuvent accompagner un tel départ. On se réconforte ainsi à l’idée qu’on part pour conquérir d’autres horizons.

Finalement, on dira que le fait d’avoir accepté de continuer avec l’AFAD une saison de plus, alors qu’une tentative de départ n’avait pas abouti la saison précédente, donne ses fruits aujourd’hui ?

Dans le football, il ne faut jamais se presser de sortir. Je veux dire, il ne faut pas sortir pour sortir. En réalité, ce n’est pas que notre championnat de Ligue 1 Lonaci est mauvais. C’est seulement que les conditions financières sont encore insuffisantes. C’est donc notre désir de vouloir monnayer notre talent à l’étranger qui amène certains footballeurs à vite quitter le championnat national. Mais je reste convaincu que lorsqu’on envisage de partir, il est bien d’être toujours en position de force. Et pour moi, position de force signifie de pouvoir s’en aller par la grande porte. C’est partir en sachant que tu arrives dans un environnement où tu as un certain statut et où toutes les conditions seront réunies pour que tu puisses performer. Pour moi, cela compte énormément. Donc, le plus important pour moi était de sortir par la grande porte, de partir avec un certain statut à même de me permettre de m’imposer facilement sous d’autres horizons.

Le sacro-saint principe des dirigeants de l’AFAD a toujours été de favoriser les envies de départ. N’est-ce pas cela qui t’a convaincu de remettre le tablier pour une autre saison, après l’échec de la saison d’avant ?

C’est vrai que j’ai eu des opportunités qui n’ont pas abouti depuis que je suis à l’AFAD. Mais jamais je n’ai senti un quelconque sentiment de blocage de la part des dirigeants. J’ai toujours été celui pour qui ils tenaient en tout temps la porte grande ouverte. Que ce soit pour partir ou pour revenir. C’est vrai que la saison d’avant, j’avais tenté une expérience au Maroc qui n’avait pas abouti. Mais j’ai eu cette porte ouverte, qui m’a permis tout de suite de me relancer. J’estime être un bel exemple de l’application effective de ce sacro-saint principe. Je voudrais confirmer à travers cet entretien qu’à l’AFAD, les dirigeants sont toujours ouverts à un départ. Que ce soit pour un joueur de gros calibre ou pour un joueur de calibre moyen. C’est une mentalité à encourager. Les dirigeants de l’AFAD doivent continuer dans ce sens et faciliter ainsi le départ de tous les joueurs qui souhaitent partir. Seulement, que cela se fasse avec la bénédiction de tous.

Finalement, que retient Amani Kouadiokan des 5 saisons passées à l’AFAD ?

Je dirais que ces 5 saisons à l’AFAD sont les plus belles années de ma petite carrière footballistique. J’y suis arrivé gamin et j’y ai beaucoup appris, j’y ai grandi. L’adaptation n’a pas été facile et les dirigeants ont beaucoup été patients avec moi. Ils ont vraiment eu raison de me donner à chaque fois ma chance. Je pense que j’ai mérité cette chance, par mon travail, par mon sérieux, ainsi que mon engagement sur le terrain. Franchement, il est difficile de faire un bilan exhaustif. Mais pour moi, il est forcément positif. Même si, en tant que footballeur et compétiteur, on reste marqué par tous ces objectifs que l’on n’a pas atteints.

Selon toi, qu’est-ce qui explique la confiance maintenue  en toi. Quand on sait les grosses attentes placées en toi, et qui ont tout de même mis du temps à se concrétiser ?

La confiance a été maintenue du fait de mon travail, à cause du sérieux que le gamin que j’étais avait toujours affiché. J’ai toujours été sérieux et travailleur sur le terrain. Je me suis toujours engagé à fond et j’ai donné le meilleur de moi-même. Même si à certaines périodes, c’était beaucoup difficile. Mais mes dirigeants savaient que je restais concentré. Tous étaient conscients de mon potentiel et de mes qualités. Il ne dépendait plus que de moi de pouvoir les mettre en valeur sur le terrain et le démontrer aux yeux du grand public. J’ai pu, pendant cette expérience des 5 saisons, m’organiser un peu plus, apprendre de mon environnement, pour avoir une régularité sur ces deux dernières saisons. Et c’est à moi que cela profite aujourd’hui.

Une régularité que tu dois aussi en grande partie à coach Firmin Koffi, qui, ces deux dernières saisons, t’a toujours fait confiance. Même quand tu trainais des bobos ?

(Sourire). C’est vrai que depuis son arrivée, l’on a connu un Amani avec une nouvelle dimension, un Amani beaucoup plus décisif. C’est un peu ce discours qu’il a envers chacun de nous…

Et c’est quoi ce discours ?

Ce discours, c’est en réalité cette franchise qu’il a eue, non seulement vis-à-vis de moi, mais également à l’endroit de tous mes coéquipiers. A savoir que quand ça ne va pas, tout de suite, il te dit que ça ne va pas. Quand ça va, il te le dit également. Tout en te demandant de continuer de travailler et de rester focus sur le terrain. C’est un discours qui est donc très important pour nous les joueurs. Après, c’est aussi vrai que lorsque nous avons de bonnes performances, nous sommes tentés de nous laisser aller. Or, avec lui, c’était toujours la concentration maximum. Toujours en train de tirer sur la sonnette l’alerte. Ce qui m’a finalement permis de mieux m’organiser, aussi bien dans mon environnement proche que lointain. De mettre ainsi tous les atouts de mon côté, pour essayer d’avancer.

La première question que se pose tout observateur après ta signature à l’Apr, c’est pourquoi s’en va-t-il, alors que son club est qualifié pour la coupe d’Afrique et qu’il a enfin la ferme ambition de tout mettre en œuvre pour atteindre les phases de poule ?

(Sourire). C’est là une question assez complexe. Même si j’essayais de m’expliquer, les gens auront toujours leurs propres opinions. Je dirais donc que, quoiqu’on en pense, cela reste mon choix. Comme je l’ai dit plus haut, j’ai passé cinq bonnes années à l’AFAD. Des années au cours desquelles j’ai beaucoup appris et au cours desquelles j’ai beaucoup grandi. Cinq années au cours desquelles nous avions aussi manqué, par deux fois, de nous qualifier pour la phase de poules de la Coupe de la Confédération. Aujourd’hui, j’ai décidé de m’engager avec l’Apr qui est le plus grand club du Rwanda, qui nourrit de très grands objectifs. Ils ont également une grande vision portée par un projet qui m’a été soumis et auquel j’ai tout de suite adhéré. C’est donc une connexion qui s’est facilement établie. J’ai été approché par le directeur sportif qui m’a présenté le projet, idem pour le coach principal. C’est aussi un club qui appartient à l’armée rwandaise et qui est dirigé par des généraux. Je suis heureux de savoir que les tous les quatre généraux qui le dirigent sont d’accord sur mon profil et ont tout de suite manifesté leur envie de m’avoir dans leur effectif. C’est donc toutes ces conditions qui expliquent que j’ai penché pour l’Apr. Ensuite, quand je suis arrivé sur place pour la signature : l’environnement, le cadre de travail ainsi que sa qualité, le service qui y est délivré, les moyens mis à dispositions sont tels que … D’autre part, mais si le sujet reste tabou, il faut reconnaitre que les conditions financières y sont meilleures, à même de permettre à tout joueur d’évoluer dans un certain confort et de pouvoir ainsi monnayer son talent.

A t’entendre, c’est un challenge tentant. Seulement qu’Amani quitte l’AFAD qui est une famille sportive où tout le monde se connait et là où il y a moins de pression. Ce qui n’est pas le cas du côté de l’Apr, où il y a d’énormes attentes. Amani est-il prêt à se jeter dans cette sorte de fournaise ?

Vous savez que tout bon footballeur ou compétiteur veut toujours un peu plus. Ceux qui me connaissent, de près ou de loin, savent que je suis quelqu’un qui veut toujours plus. Et qui adore surtout la posture où il est toujours obligé de surprendre, de sortir son épingle du jeu, alors que les gens commencent à douter de ses capacités intrinsèques. C’est pour vous dire que je n’ai nullement peur de la pression. Je dirais même que je suis prêt pour ça, car préparé à l’affronter. Mon rêve a toujours été de pouvoir conquérir chaque week-end 40 ou 50 mille spectateurs. Je vais donc à l’Apr avec beaucoup d’enthousiasme et il n’y a pas de raison que cela ne marche pas.  

C’est quoi l’Apr pour Amani ? Une étape ou une fin ?

Pour moi, l’Apr n’est qu’une étape. Ainsi que je vous l’ai dit plus haut, je vise grand. Depuis tout petit, j’ai toujours été passionné par le football qui procure beaucoup de sensation aux foules. Voilà pourquoi j’ai toujours aimé les gradins maghrébins, pour l’engouement qu’ils mettent à soutenir leurs équipes. Or, c’est quelque chose que je vais retrouver l’Apr. Donc, pour moi, c’est un tremplin pour pouvoir aller conquérir d’autres grands championnats. Je sais que ce sera à moi de me concentrer sur le travail, comme j’ai appris à le faire, pour permettre à l’Apr de tout casser.

Un mot à l’endroit de tes désormais ex-dirigeants et coéquipiers ainsi que du staff technique?

 (Forte respiration). Je voudrais, tout d’abord, leur dire que c’est avec une grande émotion que je m’adresse à eux. D’abord au Président Jacques Anouma, à qui je voudrais dire grand merci pour la confiance. Merci pour ces 5 belles années passées dans son club. Merci également au Président-délégué Laurent Boli, pour sa proximité avec nous. Il est toujours au terrain avec nous, toujours en train de nous parler et nous donner des conseils avisés. C’est vrai que c’est parfois compliqué, mais c’est le rôle du père, du grand- frère de tous les joueurs. Je n’oublie pas tous les membres du club, qui travaillent pour sa bonne marche. A eux aussi, je leur dit merci pour avoir toujours bien fait les choses, pour que les joueurs se sentent à l’aise et qu’ils puissent donner le meilleur d’eux-mêmes sur le terrain. Merci également à tous les staffs techniques qui sont passés, à tous ces coaches qui m’ont permis de progresser. Chacun ayant apporté sa part au footballeur que je suis devenu. Je leur promets, à chacun, que je continuerai de progresser et de me battre. Mes valeurs étant le travail et le travail, toujours le travail. Je continuerai toujours de travailler et d’aller encore plus loin. A mes coéquipiers, enfin, je reste toujours le même Amani. Toujours très taquin, toujours en train de vous parler, toujours en train de vous faire rigoler. Certes, je pars pour une nouvelle destination, mais vous resterez à jamais gravés dans mon cœur.   

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