Interview Koffi Firmin

Nous rendons grâce à Dieu pour cette 3è place »

C’est un entraîneur à la fois soulagé, mais marqué par une certaine fatigue psychologique perceptible sur son visage, que nous avons rencontré à l’issue de l’ultime sortie de la saison face au Sol FC (2-0). Malgré tout, il a accepté de dresser avec nous le bilan d’un exercice riche en émotions.

Coach, soulagé d’être finalement africain de nouveau ?

Bien sûr qu’on ne peut qu’être soulagé dans une pareille situation. D’abord parce que nous savons tous que cette qualification a été laborieuse. En début de saison, nous étions loin d’imaginer ce que nous allions traverser. Que ce soit en championnat ou en Coupe de la Confédération, nous avons connu beaucoup de difficultés, notamment avec de nombreux blessés. Cela a compliqué la situation.

Heureusement, au mercato, nous avons pu récupérer certains joueurs. Et surtout, il y a eu un travail formidable avec l’arrivée du préparateur physique, qu’il faut saluer. Cela nous a permis de redresser la pente sur les plans physique et athlétique. En un mot, ce fut une saison éprouvante, avec des hauts et des bas.

On peut même ajouter que ce redressement est arrivé au bon moment ?

Tout à fait au bon moment. Même si, ensuite, il y a encore eu un moment de flottement. Notamment en perdant le match qu’il ne fallait pas perdre, contre le San Pédro FC (2-0), ce qui nous avait quelque peu plombés. Heureusement que nous avons pu nous ressaisir sur la fin. C’est vraiment dommage, parce que nous avions quatre objectifs sur cette saison. Le tout premier était d’intégrer enfin la phase de poule de la Coupe de la Confédération. Le deuxième était le titre de champion de Côte d’Ivoire, le troisième la Coupe Nationale et, enfin, une qualification que nous aurait donnée le titre de champion. Mais je regrette particulièrement d’avoir raté cette Coupe Nationale que nous lorgnons depuis longtemps déjà. En tout cas, personnellement, la Coupe Nationale manque à mon palmarès. Si j’ai déjà eu l’occasion de disputer des finales, je n’ai jamais eu la chance de remporter la Coupe Nationale. Je regrette donc de n’avoir pas continué sur notre lancée et remporter enfin ce trophée (l’AFAD a été éliminé en quarts de finale par la SOA sur le score de 1-0).

Il y a certes eu la défaite face à San Pédro FC, mais qui a quelque peu été corrigée par la victoire (1-0) face au Mouna FC, dans le match considéré comme la finale dans la lutte pour la 3è place ?

En effet, les victoires contre Mouna FC et le Stade d’Abidjan (2-1) nous ont effectivement ouvert grandement les portes pour pouvoir accéder à l’Afrique.

Deux performances qu’est venue quelque peu entacher la polémique qui a suivi la victoire 8-0 face à Osa FC ?

Effectivement, c’est une polémique que nous avions eu à déplorer. Mais il était clair que cette équipe d’Osa FC avait une mentalité quelque peu entamée. Justement parce qu’elle se disait alors que tout était contre elle. Alors que nous étions venus avec la ferme intention de gagner ce match. Et lorsqu’on regarde la physionomie du match, notamment en première mi-temps, nous avions des opportunités. Mais la pression de l’enjeu a fait que nous nous sommes un peu loupés. Après, nous obtenons un pénalty, qu’ils estiment quelque peu litigieux. Mais quand on revoit attentivement l’action qui a valu le pénalty, il y avait effectivement contact. A partir de là, il revenait à l’arbitre de décider. Il a donc pris sa décision et a estimé qu’il y avait pénalty. Ensuite, ils acceptent de jouer. Ce n’est qu’au retour des vestiaires qu’ils décident de ne plus jouer. Mais bref, ne revenons pas sur cette malheureusement situation… Simplement parce qu’ils ont un combat, on ne sait précisément contre qui. Mais nous, nous étions là simplement pour jouer au football. Nous voulions nos trois points et nous les avons obtenus. L’essentiel, c’est que sur le final, notre objectif a été atteint. Nous rendons grâce à Dieu pour cette 3è place.

On craignait pourtant que cette fâcheuse polémique ait un impact néfaste sur le mental de vos poulains à l’occasion de l’ultime journée contre Sol FC (2-0) ?

Au sortir de ce match à polémique contre Osa FC, je n’ai pas omis de leur dire de se garder de quelques commentaires que ce soit. Mais plutôt de rester focus sur l’objectif final. Qu’ils ne devraient pas se préoccuper des qu’en dira-t-on. Que certains pourraient aller jusqu’à des provocations extrêmes en insultant leurs familles. Au contraire, ils devraient garder la tête haute dans cette situation. D’autre part, si d’aventure, ils étaient approchés par la presse, qu’ils devraient simplement se contenter de dire ce qu’ils ont vu, en décrivant la situation telle qu’ils l’auront perçue, sans entrer dans quelques détails que ce soit. Enfin, qu’ils n’avaient se culpabiliser non plus, car n’étant fautifs de rien. Ils avaient simplement à répondre qu’ils étaient venus jouer au football et voilà qu’une telle situation est arrivée, les obligeant à remplir tout simplement les formalités.

Vous évoquiez, tout à l’heure, une saison éprouvante avec des hauts et des bas. Peut-on en avoir des exemples concrets ?

Je voulais simplement fait référence à l’éternel problème de profondeur du banc. Certes, nos jeunes gens sont pétris de talent. Mais j’estime qu’il y a une analyse profonde à faire relativement à leur mode de vie. Parce que l’on n’arrive pas à comprendre qu’un jeune comme Lagoué Tiemoko en soit encore à faire des prestations à demi-teinte. Idem pour un autre comme Traoré Sidiki, qui peut flamber sur un ou deux matchs, pour s’éteindre ensuite de façon inattendue. On se demande bien ce qui peut provoquer une telle chose. Est-ce la présence des anciens qui continuent de les intimider ? Est-ce au contraire ces derniers qui ne leur apportent pas vraiment le soutien indispensable pour leur permettre de s’intégrer véritablement dans l’équipe ? Etant attendu que ce sera à ces jeunes de les remplacer quand le moment sera venu. Si ce n’est de permettre à ces anciens de souffler quelque peu.

En tout cas, à notre niveau, nous essayons de trouver des matchs amicaux pour pallier le manque de temps de jeu de certains jeunes. Nous allons jusqu’à la prise en main, en leur prodiguant des conseils sur ce qu’ils ont à faire pour être au top et répondre présent. Nous allons jusqu’aux entrainements invisibles. Voilà pourquoi j’ai dit, plus haut, que la présence du préparateur physique constitue un motif de soulagement. Mais après, qu’est-ce qui explique que nos jeunes talents ne soient pas constants ? En tout cas, depuis deux saisons et demie que je suis là, j’ai fait le constat que les deux exemples que j’ai cités n’évoluent pas vraiment, qu’ils sont même statiques. C’est le même constat au niveau des recrues. Je veux parler de Steve, de Jude et d’Elysée, qui n’ont jamais été capables d’accrocher une place de titulaire sur deux ou trois matchs. Même quand on leur donne leur chance sur un match, pour espérer leur donner la possibilité d’y arriver, ils ne saisissent pas forcément la perche que l’on leur tend.

A tel point qu’on ne songe plus à leur donner leur chance, même sur un match. Parce qu’on sent nettement qu’ils ne sont pas à la hauteur. Et c’est une situation que je vis depuis que je suis là. C’est pourquoi j’estime qu’il faut s’asseoir pour réfléchir un peu profondément sur la situation.

N’est-ce pas là une façon de faire un clin d’œil à vos dirigeants pour la saison à venir ?

Bien sûr ça en est un ! Mais pour moi, il faut faire la distinction entre le groupe qui doit jouer la Coupe d’Afrique, celui qui doit jouer le championnat, ainsi que celui qui doit jouer la Coupe Nationale. L’idée, c’est de se garder de ne faire qu’avec des anciens. D’autre part, je peux comprendre que l’on veuille prendre deux attaquants du même calibre, qui pourraient être complémentaires, mais pas un troisième. Cela risquerait de poser problème. Donc, il y a un savant dosage à faire : à savoir un jeune et un ancien pour un poste donné. Donc oui, c’est là un clin d’œil aux dirigeants, afin qu’ils essaient quelque peu de revoir la politique de recrutement. Qu’ils sachent que vouloir prendre que des joueurs mâtures peut déboucher sur des difficultés.  D’autre part, il faut aussi penser aux joueurs avec une très bonne mentalité, un bon état d’esprit, pour que la mayonnaise puisse prendre automatiquement. Parce que, en réalité, il ne suffit pas d’aller chercher les meilleurs à l’Asec Mimosas ou au Stade d’Abidjan. Il convient aussi de prendre en compte leur mentalité. Il faut donc que nous nous asseyons pour trouver la bonne formule. Je pense, par exemple, à un groupe de 18 anciens et tout le reste serait des nouveaux. Il y a aussi l’option qui consiste à prêter nos jeunes qui ont du mal à décoller pour faire venir d’autres. Certes, nous n’en sommes pas là encore, même si nous nous permettons d’évoquer la chose. J’espère donc que le moment venu, la bonne décision sera prise, afin que nous ne disions pas simplement que nous voulons jouer le titre. Mais que le voulions vraiment, en faisant ce qu’il faut. Personnellement, je n’accepte pas cette situation. Je souhaite vraiment que la saison prochaine, nous jouions le titre à fond. Sur mes deux saisons et demie, j’ai été successivement 5è, et deux fois 3è. Ayant été champion par le passé, j’ai vraiment soif du titre. En tant qu’assistant d’abord, puis en tant que titulaire. C’est donc un message à l’endroit des dirigeants, à travers cet entretien. Que l’on essaie de faire des mains et des pieds pour nous permettre de trouver la formule qui nous permettra d’aller chercher le titre la saison prochaine.

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